Mélanie WALDOR née VILLENAVE 1796-1871

Mélanie WALDOR  par Boilly

Mélanie WALDOR
par Boilly

Mélanie Waldor, poétesse, elle écrit aussi pour le théâtre.

Amie et correspondante d’Emile et Nanine Souvestre qui sont plus jeunes d’une dizaine d’années. Elle fréquente les mêmes salons littéraires. 

M-Françoise Bastit-Lesourd,

novembre 2014, juin 2017; notice en construction 

BIOGRAPHIE

Mélanie Villenave naît à Nantes en pleine période révolutionnaire, le 29 juin 1796 ( le 11 messidor an 4). Elle est fille de Mathieu Guillaume Thérèse Villenave et Jeanne-Marianne Tasset.

Son frère, Théodore Villenave, né en 1798 le 26 juillet,  a publié un grand nombre de poésies.

Son père Mathieu Villenave est originaire du Sud-Ouest puis est monté à Paris. Il est précepteur des fils du duc d’Aumont  et fréquente le salon de madame de Staël.

 

Par une amie commune  il entend parler de Marianne Tasset et s’en éprend sans même l’avoir rencontrée et il demande sa main.

Sa mère, Jeanne-Marianne Tasset née à Londres est la fille de Joseph Tasset musicien français né le 8 décembre 1732 au Mans, paroisse du Crucifix. Joseph est fils d’un tourneur sur bois, Morice Tasset qui signe le registre de baptême et de Jeanne Grannal(?). –(et non à Chartres comme selon certaines biographies). Tout jeune, Joseph s’avère excellent musicien, monte à Paris puis s’installe à Londres  vers l’âge de vingt ans. Il y mène une carrière brillante et est connu pour être la “première flûte d’Europe”. Il est l’inventeur d’une flûte spéciale à dix-huit clefs.

Joseph Tasset vit donc à Londres avec son épouse Elizabeth La Fosse et c’est dans cette ville que nait Jeanne-Marianne, la mère de Mélanie.

En 1806, Mathieu Villenave fait paraître chez les éditeurs, F. Gay et Ch. Guestard, une traduction des Métamorphoses d’Ovide dans laquelle il évoque page 142,  le parcours de son beau-père. C’est lui qui le dit né à Chartres le 8 décembre 1732. Enfant prodige élève de Blavet, il surpasse son maître. Tasset a de nombreux amis parmi les puissants des deux pays, l’Angleterre mais aussi la France.

Veuf, Tasset revient s’installer à Nantes en 1786 (auprès de deux de ses sœurs selon son gendre) et c’est dans cette ville que vient vivre Villenave. Lors du mariage il est dit “instituteur”.

Villenave est très actif pendant la Révolution et il s’oppose aux exactions de Carrier. Il est président du Club de la Halle à Nantes et  vice-assistant de l’accusateur public. En septembre 1793, Villenave et sa femme sont arrêtés. Elle est enfermée au château de Luzancey, sur les bords de la Loire et  lui fait partie du convoi des 132 Nantais envoyés à Paris sous l’accusation d’opinions contre-révolutionnaires. Ils manquent d’être fusillés à Ancenis et noyés à Angers, et un certain nombre de prisonniers meurent durant le voyage. Les survivants, jugés après la chute de Robespierre, sont acquittés par le Tribunal révolutionnaire. Jeanne-Marianne, “petite femme de beaucoup d’énergie, fut promptement mise en liberté” et libérée soutient énormément son époux en ces moments difficiles.

Nombre de pères d’amis nantais d’Emile Souvestre ou de proches de la famille de Nanine Papot-Souvestre sont au nombre de ceux qui tentèrent de s’opposer à Carrier :  Boulay-Paty, Blin…

 

 

L’EMPIRE et la RESTAURATION

Touché par la révolution dans sa fortune et ses affections, le grand-père maternel de Mélanie meurt le 5 sept 1801 ( le 18 fructidor an 9) en sa demeure de la rue Vignolle et l’un des témoins est un ami instituteur, Pierre DUFO  – AM Nantes décès 5e et 6e sections vue 74-

Villenave avait joué un rôle d’avocat  mais après la révolution la profession devient réglementée et il ne fait pas valider son expérience et ne peut donc plus exercer. Il décide alors de gagner la capitale.

La famille Villenave  s’installe à Paris en 1803, rue  Saint Victor et le père devient littérateur et journaliste. Sa bibliothèque est considérable.

Certaines biographies de Mélanie évoquent  qu'”elle fut élevée par son père,  ou  jugent qu'”il manquait une mère à Madame Waldor ; élevée par les hommes, elle en avait les qualités, mais en même temps un peu de leur rudesse“, cela s’avère inexact.

Jeanne-Marianne Tasset, élevée dans un milieu cultivé a joué un rôle tout aussi important que celui attribué à son époux. Musicienne accomplie elle a transmis à Mélanie le goût pour la musique; polyglotte elle lui a enseigné l’anglais.  Pourquoi effacer son action dans l’éducation de sa fille?

Mélanie apprend l’aquarelle comme nombre de jeunes femmes et son professeur Jean-Pierre Thénot lui dédie un ouvrage sur Les Règles du Lavis et de la Peinture à l’Aquarelle appliquées au paysage . Élève de l’architecte Thibault, Jean Pierre Thénot abandonna  peu à peu la peinture pour se faire critique et écrivain. Il a laissé de “bons livres, savants et bien écrits” (Larousse, GDU, XV, 75).‎

Sous la Restauration, Mélanie fait la connaissance d’un militaire, chef d’escadron d’infanterie et le 22 mars 1822, elle épouse à Nantes François-Joseph Waldor, un officier d’origine belge. Né à Namur le 30 mars 1789, naturalisé Français le 12 mars 1817 , il demeure rue Basse du Château non loin de l’oncle de Nanine Papot.

A la lecture de cet acte nous comprenons que le couple de ses parents se partage entre la capitale et la Bretagne où sa mère a gardé un logement, rue du Cloître Notre-Dame où Mélanie vit à l’époque.

Nous n’avons sur ce discret  mari que les renseignements  sommaires de son dossier d’officier.”Ses mœurs sont irréprochables, ses principes, sûrs”. Son instruction est « ornée et variée » ou, plus simplement « il a fait toutes ses études ». C’est un homme “de bonne constitution, de santé robuste, de physique agréable, entièrement dévoué à ses chefs et qui devait se soumettre étroitement à la discipline”.

Mélanie ne suit pas son mari en garnison à Montauban où il est affecté.

Une fillette vient au monde, Elisa, Hortense, Thérèse  et ce fut leur seule enfant.

En 1827, Mélanie devient la maîtresse d’Alexandre Dumas, DUMAS Alexandre jeune-william-henry-powellsur lequel elle exerce une certaine influence. Quand Mélanie Waldor rencontre Alexandre Dumas, la famille au complet, ses parents et son frère Théodore et la fillette demeuraient 82, rue Vaugirard. Le second étage de la maison  comportait cinq  chambres remplies de livres en raison de la passion de Villenave pour les livres mais au quotidien il se comporte en tyran domestique. Voici la description qu’en fait Cavour en 1835.

  • Aussitót que M. Villenave entrait dans son salon, il en redevenait le maître, le roi! plus que le roi, le despote!  M. Villenave avait quelque chose de tyrannique  dans le caractère, et cette tyrannie s’étendait de sa famille aux étrangers…Une fois qu’on avait franchi le seuil de son salon, M. Villenave ne permettait pas que l’on eùt, sur quelque chose que ce fut, une autre opinion que la sienne. On devenait une partie de la propriété de cet homme, qui avait tout vu, tout étudié, qui savait tout enfin. Cette tyrannie, quoique tempérée par la courtoisie du maitre de la maison, pesait néanmoins d’une façon gênante sur l’ensemble de la société”. 
  • “Par bonheur, excepté les jours ou plutôt les soirs d’Athénée, M. Villenave apparaissait rarement au  salon. Tout le reste du temps, il se tenait au second étage, n’ apparaissait dans la famille que pour dîner; puis, quand il avait causé un instant, qu’il avait moralisé son fìls, qu’il avait grondé sa femme, qu’il  s’était étendu dans un fauteuil, et fait mettre ses papillotes par sa fille, il remontait chez lui. Le quart d’heure pendant lequel la dent du peigne lui grattait doucement la tète était le quart d’heure de béatitude journalière de M. Villenave, le seul  qu’il se permit, du reste, plongé qu’il était éternellement dans ses paperasses”.

Après la rencontre de Mélanie et Dumas ,  madame Villenave et sa fille dont le mari n’est pas souvent là louent un petit appartement rue de Madame au  n° 11 et Dumas fait de même pour sa mère mais au n°7.

Le poète Musset écrira de désagréables lignes sur la jeune femme suite à un bal costumé en 1829 ou 1830 au cours du quel Mélanie avait valsé avec Paul Foucher.

En 1830 l’émeute agite Paris et Mélanie se réfugie en Vendée non loin de Clisson dans la propriété familiale de la Jarrie à quelques kilomètres de Montfaucon aussi pour y mener discrètement sa grossesse mais l’enfant ne viendra pas au monde. Alexandre Dumas  a déjà porté son dévolu sur une autre femme et Mélanie reste seule.  Dumas Alexandre fils.JPGDe Dumas, il ne lui reste que le lien qu’elle a créé avec son fils Alexandre auquel elle s’est attachée et qui durera toute leur vie.

 

Après ces événements Mélanie entame une séparation de corps avec le capitaine Waldor. Elle s’investit dans une carrière littéraire, publie des romans, fait jouer une pièce et collabore à plusieurs journaux.

  • “Malheur à la femme qui place uniquement son bonheur dans l’amour. Mieux vaudrait pour elle qu’au moment de traverser un précipice, elle se confiàt à une planche pourrie, que de se confier au cœur d’un homme pour traverser la vie: la planche se brisera moins vite sous ses pieds, que le cœur ne se refroidira sur son cœur“. écrira Mélanie après ces expériences douloureuses dans la Revue des Deux Mondes, t. VIII, 1836.

Une autre rencontre importante dans la vie de Mélanie est celle qu’elle fait en 1835, du comte Camille Benso de Cavour.

CAVOUR  Camillo Benso comte de , jeune 1811-1861 www.camillocavour (1)

CAVOUR Camillo Benso comte de , jeune 1811-1861 http://www.camillocavour

  • En 1835, elle tombe amoureuse du comte Camille de Cavour qu’elle avait rencontré dans le salon de la duchesse d’Abrantès, lorsque paraissait ses Poésies du Cœur, le seul recueil de vers qu’elle ait publié. Brève et si mystérieuse liaison qu’il n’est pas possible d’affirmer que les partenaires furent des amants au sens précis de ce mot, ce que Sully Prudhomme définissait en la niant L’impossible union des âmes par les corps. Quoi qu’il en soit, Mélanie a laissé d’admirables lettres d’amour adressées à Cavour, qui sont un soulèvement de l’âme beaucoup plus qu’un déchaînement- des sens et qui l’égalent aux plus fameuses épistolières du genre.  Edouard Beaufils.

 

 Une FEMME de COEUR 

Sa compatriote, la jeune poétesse Elisa Mercoeur née en 1809,  décède en 1835 . Mélanie Waldor est à l’origine de la souscription pour acheter une concession au Père-Lachaise où la jeune femme repose maintenant.

Mélanie Waldor disait, en parlant de cette pauvre enfant : « Dieu avait doué Elisa  d’une de ces natures ardentes qui n’ont d’autre ressource que la passion et les arts. »

La réputation de Mélanie est celle d’une femme “bonne, charitable et très affectueuse pour ses nombreux amis”.

Mélanie eut une seule fille, qui mourut jeune et s’était mariée deux fois ; celle-ci laissa elle-même une fille, que sa grand’mère affectionnait beaucoup et qui fut l’enjeu d’un conflit de garde avec le père, Paul Théodore Bataillard.

 

Mélanie Waldor ECRIVAIN

Madame Waldor a  écrit  dans différentes revues sous la signature d’”Un bas-bleu”.

dans la Patrie et de nombreuses revues à destination des femmes.
Comme on le voit, c’était un écrivain fécond. Ses Poésies du cœur sont très belles.

 

WALDOR Mélanie médaillon bronze par Daid dit d'Angers

Lettre de Cavour à son amie madame Waldor en 1840:

  • “Vous allez essayer de la littérature dramatique ;  je vous souhaite dans cette nouvelle entreprise autant de succès que dans le genre romantique. Les lauriers qu’on cueille sur la scène ont quelque chose de plus brillant, de plus séduisant que ceux qu’on moissonne au fond de son cabinet; mais, peut ètre, sont ils moins vivaces, et plus sujets à ètre fanés par l’aile destructrice du temps.  Je n’irai pas à Paris cet hiver, je me bornerai à faire une course à Genève, où ma présence peut ètre utile aux parents que j’y ai laissé dans le deuil.  C’est avec un vif regret que je pense, que de longtems je ne pourrai vous voir, que notre absence durera encore des années ; mais vous me dites que votre amitié défie le tems, elle défiera aussi l’épreuve de l’éloignement. Je l’espère, cette idée m’est douce, confirmez la , Mélanie, et vous me rendrez heureux.  Votre ami, C. de C.”  Una musa del cenacolo romantico 55. 
  • II arriva, sous le Second Empire, que ses ressources décrurent et qu’il lui fallut courtiser la famille impériale en lui dédiant force prose et vers de circonstance qui lui valurent quelques subsides. Elle s’abaissa, elle qui avait été l’amie de Marceline et de Marie Nodier, jusqu’à accepter que la police lui confiât des missions secrètes que l’on n’a pu déterminer. Mais le fait est certain puisque son nom figure dans les Papiers secrets et Correspondances du Second Empire (page 360) avec les dates de ses rémunérations. Alphonse Daudet ne rapporte-t-il pas dans Trente ans de Paris que lon colportait « sur l’influence politique de Mme Waldor mille  légendes mystérieuses»Edouard Beaufils.

 

 

En 1846 son frère meurt et l’année suivante son dernier ouvrage paraît sur l’ Histoire du saint-simonisme.

 

Contrat de mariage entre Paul-Théodore Bataillard, archiviste-paléographe, et Elisa-Hortense-Thérèse Waldor, veuve Beltrémieux,

 

Celle qui fut une muse de l’époque romantique s’éteignit  dans la misère le 11 octobre 1871 selon le biographe Edouard Beaufils. Cependant elle possédait des trésors lui venant des collections de son père et de ses propres acquisitions comme le montre la mise en vente aux enchères de ses biens.

  • Vente après décès de Mme Mélanie Waldor, de tableaux anciens et modernes des différentes écoles, objets d’art et de curiosité, porcelaines de la Chine et du Japon, faïences, bronzes, meubles Louis XIV, Louis XV et Louis XVI, bois sculptés, garde-robe de femme, miniatures anciennes, argenterie et bijoux, belle collection de gravures réunie par M. de Villenave père, environ 6000 portraits gravés de savants, poëtes, maréchaux, papes, rois, empereurs etc., rue Drouot… les lundi 28, mardi 29 et mercredi 30 avril 1873… / Me Léon Lebrun, commissaire-priseur ; [experts] MM Dhios et George, M. Clément
    Éditeur : Vves Renou, Maulde et Cock (Paris)
    Date d’édition : 1873

 

SOURCES

  • AD 72, registre des baptêmes de la paroisse du Crucifix au Mans, 1706-1753, vue 301
  • THENOT, Jean Pierre, ‎Les Règles du Lavis et de la Peinture à l’Aquarelle appliquées au paysage, dédiées à son élève, Madame Mélanie Waldor.; ‎1 vol. in-12 br. sous couv. remontée, Chez l’Auteur, Paris, 1840, 95 pages,  avec 6 planches coloriées. ‎
  • http://www.lauragais-patrimoine.fr  pour la biographie de son père Mathieu Villenave.
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